HARMONY, ÉPURE INTEMPORELLE

HARMONY, ÉPURE INTEMPORELLE

À moins de travailler dans la mode, les générations de moins de 50 ans ne savent pas reconnaître la qualité d’un tissu. Habitués de la fast-fashion, nous n’avons pas appris à toucher et apprécier les produits de qualité. C’est du moins ce que je pensais avant de m’intéresser à la mode responsable. La semaine dernière, je suis rentrée dans la boutique Harmony. Je suivais la marque de près sur Instagram de façon virtuelle, mais je n’avais jamais vu les produits dans le monde réel. Révélation : quand un produit est fabriqué dans une matière noble, parfaitement coupé, il n’y a aucun doute. Cela se voit et cela se sent au touché. Les vêtements de la marque sont remarquables, j’ai effleuré chaque pièce de la collection avec un sentiment certain de satisfaction.

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Harmony est une marque de prêt-à-porter fondée en 2014 par David Obadia. En parallèle de ses études entrepreneuriales à l’Université Paris Dauphine, le jeune homme âgé de 20 ans lance sa marque de streetwear BWGH. Fort du succès de la marque, il crée en 2014, un nouveau label, Harmony, qui propose un vestiaire mixte, épuré, qui brise les codes de la mode tendance. David Obadia revendique son appartenance à un courant anti-fashion. Il crée des vêtements dont les lignes sont simples mais dans les plus belles matières qui soient. L’idée est de porter des vêtements intemporels qui ne se démoderont pas.

Dans cette logique, on ne trouve pas d’imprimés chez Harmony. La marque se positionne sur des basiques unis, les carreaux et rayures sont les seuls motifs que l’on peut apercevoir. En revanche, les matières sont diverses : jersey, velours, cachemire, popeline, flanelle de laine,… La qualité des matériaux et les finitions impeccables des vêtements en font des produits d’exception.

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David Obadia est convaincu que le luxe réside dans la traçabilité et la qualité d’un produit. Ainsi, Harmony sélectionne avec soin les meilleurs fournisseurs européens pour le choix des matières et la confection de ses collections. Pour ce faire, la marque travaille avec des façonniers spécialisés dans leur secteur, l’objectif étant de choisir les fabricants les plus compétents, quitte à multiplier les fournisseurs, mais en garantissant le meilleur savoir-faire pour chaque produit.

Harmony se situe sur une gamme luxueuse à des prix de moyenne gamme. Cela signifie que les collections sont plutôt abordables par rapport à la qualité des produits. Il faut compter environ 230€ un pantalon, la chemise dans les 170€, environ 280€ les jupes, 475€-695€ les manteaux.

Les collections sont en vente sur l’eshop de la marque, dans la boutique parisienne du Haut-Marais 1, rue Commines dans le 3ème, ou aux Galeries Lafayette Haussmann. 

 

Crédits photo : Harmony 

JagVi, ÉLÉGANCE ET CONFORT MADE IN EUROPE

JagVi, ÉLÉGANCE ET CONFORT MADE IN EUROPE

On me demande souvent quels sont les critères pour connaître les marques qui produisent dans de mauvaises conditions sociales. Les très bas prix peuvent être un bon indicateur. Cependant, les tarifs ne sont pas toujours représentatifs des conditions de fabrication. En effet, de nombreuses marques se situent sur des gammes de prix moyens et produisent néanmoins dans les mêmes usines que les géants de fast-fashion. Et elles se payent nos têtes en indiquant « design in France » ou « créé en France », histoire de laisser penser que la fabrication de leurs produits est française. Made in Responsable a pour vocation de faire découvrir des marques qui produisent en soignant la qualité de leurs créations, ce qui va souvent de paire avec les conditions des travailleurs textiles. C’est notamment le cas de la marque JagVi.

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Créée en 2012 au bord du lac d’Annecy, la marque française JagVi est une association de deux mots suédois « Jag » signifiant « moi » et « Vi » signifiant « nous ». Le « nous » c’est Pierre-Yves Bomey et Christine Poirier. Rien n’a été improvisé, les deux associés avaient déjà un pied dans l’industrie du prêt-à-porter, Pierre-Yves Bomey étant l’ex-directeur retail du groupe Lafuma et Christine Poirier, styliste pour divers marques. Ce qui les a rapproché, c’est leur goût pour les produits aux finitions impeccables, élégants et décontractés. C’est la raison pour laquelle, ils se sont lancés dans l’aventure JagVi avec pour point de départ de créer des vêtements pour le voyage de bonne facture et raffinés avec comme devise « Tailormade for smart travellers ».

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Les collections JagVi sont fabriquées dans des ateliers artisanaux en France, Italie et Portugal. Le choix des matières est primordiales qu’elles soient naturelles ou techniques. Tissus, laines ou autres matières proviennent de régions reconnus pour la durabilité et la qualité des produits, tels que le Japon, l’Italie, l’Allemagne et la France. La marque préfère utiliser des matières produites en petites quantités afin d’assurer une longévité de vie aux vêtements. Produire moins mais produire mieux en somme.

Les collections JagVi sont disponibles sur l’eshop de la marque ou sur le site marchand  L’Exception. Les prix sont abordables, on est sur une gamme moyenne : la chemise à partir de 125€, 130€ le pantalon, 125€ le sweat,… Alors messieurs, oubliez les marques dont la communication véhicule des images de branchitudes et de qualité, mais qui fabriquent dans des conditions similaires aux grandes enseignes de fast-fashion et prévilégiez les marques qui soignent leur production.

Crédits photo : JagVi

 

MAISON STANDARDS : DES INTEMPORELS RESPONSABLES

MAISON STANDARDS : DES INTEMPORELS RESPONSABLES

Depuis quelques temps, dans les rues de Paris, on croise de plus en plus de personnes arborant un sac en kraft avec l’inscription Maison Standards. Et puis, les « tu connais Maison Standards ? » sont arrivés. Il est donc temps d’étudier leur cas !

Maison Standards est une marque de prêt-à-porter fondée par Uriel Karsenti en 2013. Avocat de formation, diplômé d’HEC, Uriel Karsenti fait carrière dans la mode. Après 14 années passées à la tête de Barbara Bui, du Groupe Zannier et de Pierre Hardy, il se lance dans l’entreprenariat et fonde Maison Standards, sur un modèle économique grandissant : le prêt-à-porter en ligne. Son idée part d’un constat simple : les best-sellers des marques de vêtements sont des basiques sur lesquels les marges sont très importantes. Ainsi Uriel Karsenti décide de lancer sa maison de mode en proposant des vêtements standards de qualité, sans intermédiaire à des prix abordables.

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Concrètement, que trouve-t-on chez Maison Standards ? Des vêtements basiques intemporels : chemises blanches, bleues, en denim, en soie pour les femmes, des T-shirts, des pulls, des pantalons droits, des chinos, le tout sans logo ni inscription. Ce sont donc des pièces indémodables, que l’on garde des années. D’autant plus qu’elles sont de belles factures, dans des matières et finitions soignées. Autre force de la marque : le réassort ne se fait qu’en fonction des besoins et retours clients. Une pièce est rééditée si elle plaît, on ne suit pas les collections classiques de la mode. Ainsi un vêtement peut être commercialisé toute l’année si les ventes sont au rendez-vous. Inversement, si un produit ne fonctionne pas, on arrête sa production, pas de gâchis !

70% des vêtements Maison Standards sont fabriqués en Europe (Pologne, Hongrie, Bulgarie, Portugal), 30% sont fabriqués en Tunisie, au Maroc et en Chine. La transparence est une préoccupation majeure de la marque. Sur le site internet, tous les pays de production sont mentionnés dans les détails des produits. Les prestataires sont choisis avec minutie, et la marque effectue régulièrement des visites de contrôle dans les usines. Maison Standards défend un modèle de consommation responsable. L’éthique est au coeur des valeurs de la marque. La marque va prochainement éditer une charte qui protège les droits, les conditions de travail et la juste rémunération des travailleurs afin de garantir un code de conduite social qui lie Maison Standards à ses fournisseurs et partenaires. J’interroge de nombreuses marques pour me documenter, et je peine souvent à obtenir des réponses. Maison Standards m’a tout de suite répondu, notamment lorsque je les ai questionné sur les conditions de travail en Chine.

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Cette transparence, la marque l’applique également sur sa politique de prix. En effet, Uriel Karsenti a bâti Maison Standards sur le principe d’éliminer les marges intermédiaires en proposant un accès direct des produits aux consommateurs. Ainsi, les vêtements de la marque ne sont vendus que sur son site internet.  Depuis quelques mois, il existe également un showroom à Paris, afin de pouvoir visualiser, toucher et essayer les pièces. Attention, particularité, ce n’est pas une boutique classique, il faut créer son compte en ligne et passer une commande via le site. Donc si vous allez au showroom, et souhaitez acheter sur place, vous ne pourrez payer que par carte ou paypal sur le site de la marque.

Ce modèle commercial sans intermédiaire permet des prix 30 à 40 % moins chers que les autres marques de luxe qui produisent dans des conditions similaires. Ainsi les vêtements Maison Standards sont produits de manière luxueuse dans une gamme de prix moyens, et sont tout à fait abordables. Comptez 35€ pour un T-shirt, 65€ la chemise, 80€ le pull en laine mérinos, 85€ le chino,…

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Uriel Karsenti communique volontiers sur le coût de revient de ses vêtement, ainsi que sur la marge appliquée. Selon lui, « on peut payer un produit de qualité à un prix juste et accessible. Tout le monde empile ses propres marges et le client paie un prix démesuré par rapport au prix de revient. Rien ne justifie ces marges abusives qui font payer la marque et le marketing ». Dans cette optique, Maison Standards ne solde pas, les prix justes étant appliqués toute l’année.

Le concept de Maison Standards connait un vif succès. Ainsi le chiffre d’affaires de la marque a dépassé le million d’euros en 2016. L’entreprise a levé un million d’euros auprès d’Experienced Capital Partners  en juin 2016. Je vous ai déjà parlé de cette holding d’investissement qui a également misé sur Balibaris, ou encore Le Slip Français. Elle a été fondée par les anciens dirigeants de Sandro, Maje et Claudie Pierlot. Espérons vivement que Maison Standards reste sur le même cape de l’éthique et de la transparence. À suivre donc !

 

Crédits photo : Maison Standards

A KIND OF GUISE, STRUCTURE ET ÉLÉGANCE MADE IN GERMANY

A KIND OF GUISE, STRUCTURE ET ÉLÉGANCE MADE IN GERMANY

Coup de cœur pour A Kind of Guise ! Créé en 2009 à Munich par le couple Yasar Ceviker et Susi Streich, la marque allemande propose des collections pour hommes et femmes de vêtements sobres et élégants dans des matières et finitions luxueuses.

Étudiants, Yasar et Susi se lancent dans la fabrication d’un sac en cuir. Très vite, leurs potes leur passent commandes et les sacs partent comme des petits pains. Ils se propulsent alors dans l’aventure A Kinf of Guise, avec comme point de départ de développer les savoirs-faire locaux. Très vite, ils étendent leurs créations au prêt-à-porter, et l’idée de créer un vestiaire moderne qualitatif en choisissant avec soin les matières utilisées s’impose à eux. Ainsi, si les coupes semblent basiques, les tissus sont très travaillés et les modèles parfaitement finis. La sélection des matériaux s’effectue à la main auprès de tisserands traditionnels de grande réputation. Pour la prochaine collection homme automne-hiver 2017, les matières proviennent d’Allemagne ou d’Italie. La qualité européenne est donc garantie.

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Ensuite, la confection des vêtements est faite en Allemagne par des artisans locaux spécialisés. La qualité allemande, souvent mise en avant dans les publicités, ne faillit pas à sa réputation, les produits sont de très belle facture. Si l’entreprise ne cesse de grossir, A Kind of Guise garde comme ligne directrice une production locale. La marque collabore aujourd’hui avec 16 fournisseurs, minutieusement sélectionnés. Elle tire une grande fierté de son « Made in Germany ».

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Les collections de la marque sont vendus en France chez Centre Commercial. On peut également commander via l’e-shop de la marque. En terme de prix, on est sûr des tarifs équivalent à une maison telle qu’APC, mais avec la garantie d’une fabrication européenne.

La collection femme n’est pas encore sortie dans son intégralité, j’ai hâte de savoir si l’on retrouvera l’équivalent féminin du T-Shirt Toshio, qui a l’air complètement doux et confortable ! À suivre donc.

 

Crédits photo : A Kind of Guise

BALIBARIS, L’ÉTHIQUE AU BORD DU CHEMIN…

BALIBARIS, L’ÉTHIQUE AU BORD DU CHEMIN…

À chaque marque responsable qui voit le jour, le combat contre la fast-fashion avance, pas à pas. J’aime découvrir des marques pour qui l’éthique et le savoir-faire sont des points de départ. Malheureusement lorsqu’une entreprise grossit, elle oublie parfois ses fondamentaux. Et j’ai le sentiment que c’est ce qu’il s’est passé avec Balibaris.

Je suis toujours épatée par les histoires de jeunes qui sortent d’école et décident de monter leur boîte ! Et qui de plus est remporte un vif succès, ce qui est le cas de Balibaris. Fondée en 2010 par Corentin Petit et Paul Szczerba, la marque de prêt-à-porter ne s’arrête pas de croitre. Le concept : des collections masculines élégantes et décontractés de milieu de gamme à des prix corrects. Le tout fabriqué avec minutie et qualité.

Au commencement de Balibaris, on trouve des cravates commercialisées sur le net. Pas la cravate de papa ou du banquier, mais une cravate moderne, en tricot, branchée et bien coupée. Elle est très vite adoptée par les équipes de Canal+, notamment par Yann Barthès. Le succès est rapide. Corentin et Paul ne veulent pas être catégorisés créateurs de cravates, donc très vite, ils décident de se lancer dans une gamme de vêtements et accessoires plus large. Et hop, la marque est définitivement lancée.

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Inspirée du prêt-à-porter anglo-saxon, la marque ré-invente les basiques du dressing masculin comme le jean en toile japonaise, le caban et costume plus prêts du corps, la veste en denim revisitée,… Balibaris joue les équilibriste et crée un vestiaire masculin d’intemporels mais avec une dose de détails actuels, des coupes à la fois simples et dans l’ère du temps. Ainsi ses produits perdurent au-delà des saisons.

Durer, c’était d’ailleurs une volonté très forte de la marque. Dès son lancement la qualité des vêtements étaient au centre des préoccupations des fondateurs. Avant de créer eur marque, Corentin et Paul ont cherché les meilleurs fabricants pour produire leur collection majoritairement en Europe. Ainsi lors de sa création, Balibaris fut très transparent sur la traçabilité de leurs produits. Les matières choisies pour leur noblesse provenaient d’Italie, du Japon, de France, puis elles étaient confectionnées au Portugal, Pologne, Bulgarie, Roumanie. Pourquoi les pays de l’Est ? Interrogés sur la question, Paul Szczerba expliquait que pour certains types de produits notamment le tailoring ou les manteaux, les pays de l’est ont vraiment un savoir-faire que n’ont pas l’Italie ou le Portugal. Ainsi pour les manteaux, les matières pouvaient provenir de France ou d’Italie puis envoyées en confection à l’Est de l’Europe ce qui permettait à Balibaris de proposer des manteaux dans des gammes accessibles.

Pourquoi je parle au passé, me direz-vous ? Parce qu’aujourd’hui, c’est le flou. En rédigeant cet article, je me suis aperçue que les manteaux et pulls étaient maintenant fabriqués en Chine. Ce n’est pas forcément dans de mauvaises conditions me direz-vous. J’ai donc décidé d’écrire au service consommateur pour en avoir le coeur net. Voici leur réponse :

 « La société Balibaris est très attentive au choix de ses fournisseurs en terme de qualité de fabrication mais également d’éthique. Tous nos fabricants doivent s’engager à respecter et à faire respecter par leurs sous-traitants, prestataires et fournisseurs l’ensemble de la législation et de la réglementation environnementale et sociale en vigueur dans leur pays.
Nous essayons également de nous rendre sur les sites de production avant de commencer un partenariat afin de vérifier par nous-même les conditions de travail. »

Ce qui ne m’a pas vraiment rassuré quand on connaît les règles du travail en Chine… Il est vrai que la législation chinoise est de plus en plus protectrice des droits des travailleurs et que les salaires ont connu un réel gap ces dix dernières années mais le salaire moyen des travailleurs textile reste inférieur au salaire vital pour couvrir les besoins fondamentaux de l’ouvrier et de sa famille (loyer, alimentation, santé, éducation,…). Face aux revenus insuffisants, les heures supplémentaires illégales se sont généralisées. Une enquête de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) note que le nombre d’heures hebdomadaires est généralement de 60h et peut même atteindre les 80h… Bref, le travail textile en Chine reste très controversé et pas vraiment éthique.

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Alors pourquoi ce changement de cap de la marque ? L’année dernière, Balibaris a vu l’entrée d’Experienced Capital Partners à son capital. Cette holding d’investissement a été fondée par les anciens dirigeants de Sandro, Maje et Claudie Pierlot. Pas franchement rassurant quand on connait la qualité des produits de ces marques, qui est sont assez médiocre. Elles fabriquent beaucoup en Chine. Cela explique peut-être la raison de cette production chinoise…

Il faut donc rester vigilant sur les marques responsables, car même si leur volonté première était de produire dans de bonnes conditions sociales, le profit peut les écarter du chemin de l’éthique.

Crédits photos : Balibaris